Le grand théoricien de la catastrophe Paul Virilio était invité avant hier soir chez Frédéric Taddei dans l'émission Ce soir ou jamais sur France 3. En deuxième partie d'émission, des
critiques philosophes lui ont reproché de jouer dans le registre de ce qu'il dénonce, l'émotion. De faire peur afin d'éviter que les catastrophes possibles arrivent. Je ne suis pas d'accord sur
cette critique.
Je ne pense pas que Virilio soit catastrophiste. Théoricien de la
catastrophe certes, mais il ne fait que décrire des états de choses contemporains. En vertu desquel des mécanismes sont envisageables et les conséquences possibles avec.
L'on ne peut reconnaitre le progrès qu'en fonction de ses succès. Or le progrès scientifique consiste dans l'assurance de ce que peut la science. Par exemple, la proposition "la science est
aujourd'hui capable de raser des villes entières" est valide par principe de raison suffisante*. En effet en l'état actuel des connaissances scientifiques la science est capable de raser
des villes entières. De plus l'histoire nous apprend que la science a su raser hiroshima et nagasaki. Donc en l'état actuel des connaissances scientifique et historique la capacité de la science
à raser des villes entières est réelle. Donc prévenir l'humanité quant au mésusage de la science et à ce qu'il entraine n'est pas à mon sens catastrophiste mais réaliste. Etre réaliste
c'est accepter ou refuser une catastrophe possible en connaissance de cause. C'est à dire en vertu de ce que nous tirerions d'une telle possibilité d'un point de vue moral, sociétal ou
autre. Tandis que le catastrophisme consiste dans l'exagération, c'est à dire à ajouter aux catastrophes possibles d'autres catastrophes beaucoup plus improbables. Alors que le froid
examen du progrès et de ses catastrophes possibles comme le fait Virilio est plus réaliste. Les catastrophes possibles de Virilio sont donc tirées de la raison. Non de l'émotion.
Je dirais donc plutôt que le principe de raison est au cœur de la démarche de Virilio. Ce qui laisserait donc peu de place à l'émotion. Virilio a d'ailleurs bien précisé les risques d'une société
gouvernée par l'émotion. Mais je ne comprends pas pourquoi il lui a été reproché au cours de l'émission de jouer sur les émotions pour prévenir des catastrophes, alors qu'il ne fait appel qu'à la
raison dans une société baignée quotidiennement dans l'émotion. Puisqu' être réaliste, c'est reconnaitre que le progrès a des mécanismes dangereux par moments et par endroits. Et qu'une trop
grande confiance en la probité et la maitrise réelle ou supposée de ceux qui le régentent peut conduire à de réelles catastrophes. La preuve, ceux qui aux USA pendant la seconde guerre mondiale
ont régenté le pouvoir nucléaire ont été capables de raser Hiroshima et Nagasaki.
La raison veut donc eu égard au progrès, sachant que la vertu peut faire défaut à ceux qui le régentent, que nous soyons au moins vigilants à l'endroit de ceux qui en détiennent les
clés. E que nous soyons capables de voir si les bénéfices dûs au progrès considéré valent les pertes qu'entraînent tout progrès. Aussi bien technologique, théorique, politique, etc.
(*): "Le Principe de raison suffisante est un principe philosophique (ou axiome). Dans sa formulation originelle, par Leibniz, il stipule que « jamais rien n'arrive sans qu'il y ait une cause
ou du moins une raison déterminante, c'est-à-dire qui puisse servir à rendre raison a priori pourquoi cela est existant plutôt que non existant et pourquoi cela est ainsi plutôt que de toute
autre façon » (Théodicée, I, 44). Selon Leibniz, il s'agit d'un des « deux grands principes de nos raisonnements », avec le principe de non-contradiction (ibid.). Il se ramasse en l'expression
latine nihil est sine ratione (« rien n'est sans raison »). (wikipedia)"
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